Les Rohingyas, un peuple sans voix.

Publié le par Chaimae, Sarah et Charlotte

"Le bonheur se trouve dans une vie harmonieusement disciplinée".

Anciennement connu sous le nom de Birmanie, le pays fut rebaptisé "Myanmar" en 1989, sous la dictature militaire, peu de temps après le coup d'état de 1962 dans lequel le régime imposait de nouvelles mesures socialistes, conséquence du déclin économique du pays et de sa pauvreté. Cependant, derrière cette nouvelle volonté inspirée du stalinisme, se cachait en réalité une dictature sanglante et barbare. Aujourd'hui, Myanmar est dirigé par un gouvernement civil depuis mars 2011, majoritairement composé de militaires issus de l'ancienne dictature qui gouvernait le pays, sous la présidence du chef de l'état Thein Sein. La Birmanie, situé dans l'Asie du Sud Est continental, partage de nombreuses frontières commune avec le Bangladesh, le Laos, l'Inde ainsi que la Chine bien qu'elle soit très repliée sur elle-même. La Birmanie se divise en sept états, (Chin, Kachin, Kayin, Kayah, Mon, Rakhine et Shan) puis en sept régions administratives (Ayeyarwady, Bago, Magway, Mandalay, Sagaing, Tanintharyi et Yangon.). Ensuite, chaque état se divise en villages et en communes. A elle seule, la Birmanie regroupe plus de 130 minorités ethniques avec leur propre langue et coutume, avec une majorité de bouddhistes qui représentent environ 89% de la population birmane, 4% de musulmans, puis respectivement 3%, 1% et 2% de Catholiques Romains, de Baptistes et Animistes.

Les Rohingyas, descendants des Arabes, Persans, Indiens et Bengalis habitent l'état d'Arakan qui constitue la périphérie occidentale de la Birmanie depuis le 10ème siècle. Les Rohingyas, présents depuis plusieurs siècles en Arakan sont arrivés en trois vagues successives. Les premiers marins musulmans aux origines diverses se sont installés à partir du VIIIe siècle dans la région. Peu nombreuse, cette première population musulmane s'intègre sans difficulté. Au XIIe et XIIIe siècles, des groupes plus importants arrivent en Arakan, qui sont également intégrés. La seconde vague d’immigration musulmane en Arakan débute au XVe siècle, quand à la troisième vague d'immigration, cette fois massive, perdure jusqu'aux années 1940. Sous le règne britannique, la population de l'Arakan passe de moins de 100 000 personnes à plus d'un million, Il s’agissait en fait d'une politique volontariste de déplacement de populations indiennes (musulmane comme hindoue) vers l'Est birman. Ainsi, cette arrivée spontanée et brutale de nouvelles populations indiennes bouleverse peu à peu la société qui connaît alors ses premières tensions communautaires aggravées par le déclin économique du pays.

Les Tibeto-Birmans également installés dans la région composaient la dominante de l'état d'Arakan, bouddhistes de majorité, également appelés Rhakines. Durant la période coloniale britannique, ces deux minorités juraient de l'ensemble des droits de la citoyenneté en participant plus tard à la guerre d'indépendance de la Birmanie, libérant le pays de l'emprise britannique. De cette manière, ces deux populations se sont vues accorder tous les droits ethniques, constitutionnels et de citoyennetés. C'est après 1970 que les Rhakines bouddhistes nationalistes ont encouragé la grande majorité des Rakhines bouddhistes à créer un état sans musulman. Ainsi, de nouvelles initiatives étaient prises en vu d'exclure les Rohingyas musulmans alors en collaboration avec le gouvernement bouddhiste de l'époque, les autorités, jouant en faveur des Bouddhistes. Ce faisant, le gouvernement à pris trois grandes mesures d’expulsions contre le peuple musulman en 1978, 1991, et 1998.

Selon l'ONU, les rohingyas, formeraient la minorité la plus persécutée au monde, un peuple condamné à l'exode. Aujourd'hui, les rohingyas sont victimes d'actes meurtriers, privés de toutes libertés de circulation, ainsi qu'à un accès à l'éducation et à la santé, contraint de vivre dans des camps.

Depuis la loi de 1982, les rohingyas sont fait apatrides, n'étant plus considérés comme citoyens birmans, on leur nie toute appartenance au pays, considérés comme étrangers de leur propre terre. En 1991, par exemple, les premiers Rohingyas quittaient la Birmanie pour le Bangladesh pour fuir une situation intolérable, pour trouver refuge de l'autre coté de la frontière. Ainsi, des pressions de plus en plus intensifiées et des mesures de plus en plus inhumaines et barbares étaient prises à leur égard. C'est ensuite en 2012 que fut établie une campagne de nettoyage ethnique radicale qui ciblait environ un million de musulmans. Aujourd'hui, on estime que le seul motif "adoptable" qui justifierait cette expulsion serait à priori leur «non-appartenance» au pays. On affirme également que des rohingyas ont été brûlés vifs, bombardés, contraints à des travaux forcés, à de nombreux massacres ainsi qu'à des viols collectifs organisés par des bouddhistes extrémistes bien que la tyrannie subit par les rohyngias n'a fait qu’accroître depuis le soulèvement populaire ainsi que la révolte des moines de Septembre 2007.

Ce faisant, le dirigeant de l'état actuel, Thein Sein, vise à instaurer de nouvelles restrictions comme par exemple la prohibition du mariage entre musulmans et bouddhistes. Aujourd'hui, les rohingyas sont contraints de fuir ces nombreuses et épouvantables persécutions, en quête d'une vie meilleure. En effet, récemment, un bateau en mer avec plus de trois cent exilés musulmans a été retrouvé, égaré, en direction de l'Asie du sud-est, resté plus d'une semaine en mer avec à son bord, une population affamée, et assoiffée, dont plus de dix personnes auraient trouvé la mort, contraint de boire leur urine en guise d'eau. Depuis ces affrontements, plus de 140 000 rohyngias ont été déplacé dans des camps dans la région de Sittwe, ne pouvant plus faire face aux besoins les plus élémentaires et aux conditions sanitaires déplorables.

Les Bouddhistes ont une philosophie non violente ; comment peut-on alors expliquer cette brutalité qui menace les Rohingyas en Birmanie ?

Le Bouddhisme est une religion qui loue la non violence, la tolérance et l’amour. En revanche, ce n’est pas parce que l’on naît Bouddhiste que l’on est destiné à la non-violence. Le Bouddhisme en Birmanie est une religion d’État depuis des décennies. En effet, il existe un grand nombre de pagodes construites en Birmanie, qui datent de plusieurs siècles. Elles représentent des lieux de cultes pour les croyants de la religion Bouddhiste. Cependant, tout ceux qui pratiquent le Bouddhisme n’appliquent pas toujours la philosophie bouddhiste. Les dictateurs du pays en sont un exemple évident. Ce sont eux qui ont fait construire la plupart des grandes pagodes, qui y ont prié et qui ont été eux-mêmes moines quelques temps. Or, en parallèle des moines tolérants, comme pour d’autres religions dans d’autres pays, le fondamentalisme bouddhiste est une réalité en Birmanie. La religion devient ainsi une arme pour tenir le peuple, et tenir à l’écart les minorités religieuses. Ce qui est le cas pour les Rohingyas. Rappelons que les 55 millions de Birmans sont majoritairement Bouddhistes et seulement 4% d’entre-eux seraient musulmans. Un chiffre officiel, toutefois largement sous-estimé. Mais c’est ainsi que sans détour, se trouve une véritable apartheid entre bouddhistes et musulmans. La radicalisation du Bouddhisme est une réalité en Arakan à l’ouest du pays, et les discours décomplexés de moines tenant des propos racistes, nationalistes et anti-musulmans ont aussi alimenté les violences. Certains moines ont appelé à des efforts pour promouvoir la religion Bouddhiste dans le pays et à l’expulsion de tous les Rohingyas du pays. Par exemple, le moine Ashin Wirathu, âgé de 46 ans, est la figure emblématique du mouvement islamophobe qui agite le pays. Il est le leader « moral » du mouvement 969, mouvement nationaliste et anti-islamique. Il mène la persécution engagée contre les Rohingyas. Souvent présenté comme un « Ben Laden Bouddhiste », Ashin Wirathu rejette cette étiquette dont les musulmans, dit-il, l’ont affublé

Une question reste alors en suspens, comment expliquer cette injustice, ce manque de solidarité à l'encontre de cette minorité?

Il est dorénavant impossible de fermer les yeux après avoir pris conscience de cette réalité qui s'acharne sur une population représentant l'atteinte aux droits de l'homme, également dénoncée par les Nations Unis ainsi que “Human rights watch”. Un régime d'apartheid est créé, une politique basée sur la ségrégation est présente, l'incitation à la haine amène à l'absence de justice, un silence complet sur une situation plus que révoltante.

Sources :
http://www.alternatives-economiques.fr/birmanie---violences-et-apartheid-contre-les-rohingyas_fr_art_630_61143.html

www.monde-diplomatique.fr/2014/11/MOHAMED/50923
https://barakacity.com/don/birmanie/
info.arte.tv/fr/birmanie-la-malediction-des-rohingyas

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