Australie, l’histoire d’un clivage socioculturel

Publié le par Marine, Maëva, Maëlis et Alice

Les Aborigènes, populations native des terres australiennes, reconnus citoyens australiens en 1967, ne sont bien souvent connus que par leur mode de vie primitif et leur histoire, marquée par le tournant tragique de l’arrivée des Européens sur leurs terres.

La distance séparant notre continent de la plus grande île du monde renforce le caractère lointain associé à ces individus singuliers, les faisant appartenir à un monde différent du nôtre, à une époque antérieure. Vu de l'extérieur, la cohabitation des populations d’Australie est quasiment sans défaut, bien loin du fouet claquant des injustices. En effet des excuses publiques ont été présentées pour les « générations volées », effaçant symboliquement des esprits les blessures autrefois infligées.

Mais derrière la vision idéalisée, des différences sociales sont omniprésentes. Une immersion dans le pays est nécessaire pour voir au-delà des apparences, et le contraste alors observé n’est pas des moindres, rendant le clivage que l’on croyait oublié d’autant plus frappant.

En effet, malgré les excuses et les reconnaissances officielles, il subsiste un esprit non avoué de « supériorité coloniale ». C’est ainsi que le projet de référendum de 2010 ayant pour objectif de modifier la constitution pour favoriser la reconnaissance des autochtones n’a pas abouti, l’opinion australienne ne semblant pas prête.

Maquillage et prise de vue réalisés par Marine, Maëva, Maëlis et Alice.

Maquillage et prise de vue réalisés par Marine, Maëva, Maëlis et Alice.

Dans les faits, la plupart des communautés aborigènes restent fermées sur leur culture et s'organisent pour récupérer leurs terres et trouver un mode de vie alliant tradition et modernité.

Une des conséquences néfastes de cette marginalisation choisie est que ces communautés sont particulièrement touchées par la délinquance, l’alcoolisme et le suicide.

Il en découle une espérance de vie inférieure de 17 ans à celle des Australiens blancs.

Pour leur part, les aborigènes qui ont décidé de quitter leur territoire pour tenter leur chance en ville et s’intégrer à la société « moderne » se voient, accorder les métiers les moins valorisants et sont nettement mis à part du reste de la population.

Une lycéenne ayant participé à un voyage scolaire en Australie témoigne de son expérience : « Nous étions dans un camp de réflexion. Lors des repas, la majeure partie du réfectoire était occupée par des personnes blanches. Seule une longue table couvrant le fond de la salle accueillait les Aborigènes, qui ne se mélangeaient jamais au reste de la foule. Leur menu était différent. Il n’y avait aucun échange, pas même verbal entre les deux parties. Lorsque je les ai salués en passant à côté d’eux, ils étaient surpris, comme si mon geste était parfaitement incongru. On aurait dit qu’une véritable barrière séparait ces personnes de toutes les autres. »

Il semblerait donc qu’une discrimination totalement silencieuse s’opère à l’encontre des Aborigènes qui semblent parfois consentants, peut-être par lassitude ou par habitude. Néanmoins, un progrès semble lentement se dessiner. Selon Julia Gillard, ancienne Premier Ministre d’Australie, c’est une « prise de responsabilité individuelle » qui renforcera ce progrès. Ainsi, des signes encourageants se manifestent comme au Kings Park, à Perth ou l’histoire des Aborigènes est intégrée à celle du pays.

Un des symboles de l’évolution de la situation sociale aborigène est Cathy Freeman, l’athlète qui, à 27 ans, alluma la flamme aux Jeux Olympiques de Sydney en 2000. Elle remporta la médaille d’or sur l’épreuve du 400 m et brandit les deux drapeaux, australien et aborigène lors de son tour d’honneur, portant ainsi à bout de bras l’espoir de tout un peuple.

Un clivage socioculturel omniprésent, mettant à mal les mœurs de toute une population, sévit donc sur l’île des terres sauvages et du surf, héritage d’un passé colonial ayant laissé la douleur dans son sillage.

Bien que des efforts soient faits et des exploits accomplis, le chemin menant vers l’égalité et la justice s’étire vers l’avenir d’un des plus vastes pays du monde.

Cet exemple soulève une question essentielle : la liberté d’égalité prêchée dans de nombreuses constitutions a-t-elle réellement été atteinte ?

Et surtout, n’est-elle pas un droit fondamental dont chacun devrait bénéficier dès sa naissance ?

Publié dans international

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